La semaine dernière, nous avons reçu l'appel d'un de nos clients, gestionnaire d'une galerie commerciale à Marseille. L'un de ses locataires, un restaurateur installé depuis neuf ans, venait de lui demander le renouvellement de son bail. Mais voilà, entre-temps, le quartier s'est considérablement valorisé et notre client se demandait s'il pouvait refuser, à quelles conditions, et surtout quelles seraient les conséquences financières. "Je ne veux pas me retrouver à payer une indemnité d'éviction qui me coûtera plus cher que de renouveler le bail", nous a-t-il confié.
Cette situation, nous la connaissons bien. Le renouvellement du bail commercial, c'est souvent un moment de tension entre bailleur et locataire. Parce que les enjeux financiers sont importants des deux côtés. Alors mettons les choses au clair.
Le bail commercial classique, qu'on appelle bail 3-6-9, dure au minimum neuf ans. Pourquoi ce nom ? Parce que le locataire peut donner congé tous les trois ans (à 3 ans, 6 ans ou 9 ans), tandis que le bailleur, lui, doit attendre la fin des neuf ans pour mettre fin au bail, sauf exceptions.
Ce qui est important à comprendre, c'est que ce bail donne au locataire un droit au renouvellement. Ce n'est pas juste une option gentiment accordée par le bailleur. C'est un droit protégé par la loi, inscrit dans le Code de commerce (articles L.145-1 et suivants). Le législateur a voulu protéger les commerçants, leur permettre de développer leur activité sans craindre de se faire éjecter au bout de quelques années.
À l'approche de la fin du bail, trois scénarios sont possibles :
Premier scénario : Personne ne fait rien. Ni le bailleur n'envoie de congé, ni le locataire ne demande le renouvellement. Dans ce cas, le bail se prolonge automatiquement par tacite reconduction (qu'on appelle aussi tacite prolongation). Le locataire reste dans les lieux, aux mêmes conditions qu'avant. Et attention, cette tacite prolongation peut durer des années.
Deuxième scénario : Le locataire demande le renouvellement. Il doit le faire dans les 6 mois précédant la fin du bail, par LRAR ou acte d'huissier. Le bailleur a alors le choix entre accepter ou refuser.
Troisième scénario : Le bailleur prend les devants et envoie un congé au locataire, soit pour refuser le renouvellement, soit pour proposer un renouvellement avec de nouvelles conditions (notamment un nouveau loyer).
Nous voyons régulièrement des baux qui se prolongent tacitement pendant 12, 15, parfois 20 ans. Les deux parties laissent filer, par confort ou par manque de vigilance.
Le problème, c'est que pendant cette période de tacite prolongation, le locataire peut donner congé à tout moment, avec un préavis de 6 mois. Pour le bailleur, c'est risqué : impossible de planifier quoi que ce soit. Et si le bail dépasse 12 ans, ça devient encore plus compliqué : le loyer peut être déplafonné lors du renouvellement, ce qui donne lieu à des discussions... tendues.
Notre conseil ? Ne laissez pas traîner. Si vous êtes bailleur et que vous voulez renouveler, envoyez un congé avec offre de renouvellement avant la fin des 9 ans. Ça vous donne la main sur la négociation du nouveau loyer.
Si le locataire souhaite rester, il doit demander le renouvellement dans les 6 mois avant l'échéance du bail. Cette demande doit être formulée par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte d'huissier.
La demande doit préciser :
Une fois cette demande reçue, le bailleur a 3 mois pour répondre. Trois options s'offrent à lui :
Un bailleur ne peut pas refuser le renouvellement d'un bail commercial sans conséquence. Sauf cas particuliers (faute grave du locataire, par exemple), il doit verser une indemnité d'éviction.
Et cette indemnité, croyez-nous, elle peut être très lourde. Elle vise à indemniser intégralement le locataire pour la perte de son emplacement commercial. Elle comprend généralement :
En pratique, une indemnité d'éviction peut facilement représenter 3 à 5 fois le loyer annuel, voire beaucoup plus pour un emplacement de choix. L'année dernière, nous avions un client bailleur qui voulait récupérer son local rue d'Antibes à Cannes pour le revendre. L'indemnité d'éviction estimée par l'expert ? 350 000 euros. Il a finalement préféré renouveler le bail.
Le bailleur peut refuser le renouvellement sans payer d'indemnité dans certains cas précis :
Attention, ces motifs doivent être prouvés et sérieux. Le juge des loyers commerciaux est très protecteur des locataires. Si votre motif ne tient pas la route, vous vous retrouverez quand même à payer l'indemnité d'éviction... plus les frais de justice.
Si le renouvellement a lieu, il faut fixer le nouveau loyer. Trois possibilités :
Négociation amiable : C'est l'idéal. Les deux parties discutent et trouvent un accord. Le nouveau loyer peut être fixé librement, sous réserve du plafonnement légal (sauf cas de déplafonnement).
Recours à la Commission Départementale de Conciliation : C'est une étape facultative mais souvent utile. Cette commission, composée de représentants des bailleurs et des locataires, tente de trouver un accord amiable. C'est gratuit et généralement plus rapide qu'un tribunal.
Saisine du juge des loyers commerciaux : En cas de désaccord persistant, c'est le juge qui fixe le nouveau loyer. La procédure peut durer 12 à 18 mois, parfois plus.
Comme pour la révision triennale, le loyer du bail renouvelé est en principe plafonné. Le nouveau loyer ne peut pas dépasser la variation de l'indice de référence (ILC ou ILAT) depuis la dernière fixation.
Sauf cas de déplafonnement :
Dans ces cas, le loyer peut être fixé à la valeur locative réelle du local, ce qui peut entraîner des augmentations importantes. Un sujet de négociation... intense.
Les délais dans le renouvellement du bail commercial sont stricts et impératifs. Une erreur peut coûter très cher.
Pour le locataire :
Pour le bailleur :
Un congé envoyé avec un jour de retard ? Il est nul. Le bail continue. Nous avons vu un bailleur qui voulait donner congé au 30 juin. Il a envoyé sa lettre le 2 janvier au lieu du 31 décembre. Résultat : congé invalide, le bail a continué un an de plus.
En quinze ans à travailler avec des professionnels de l'immobilier commercial, nous avons observé certaines erreurs qui reviennent régulièrement.
L'erreur n°1 : Ne pas anticiper. Des bailleurs qui se réveillent trois mois avant la fin du bail et qui découvrent qu'il est trop tard pour envoyer un congé dans les règles. Résultat : tacite prolongation subie.
L'erreur n°2 : Sous-estimer le coût d'une indemnité d'éviction. Certains bailleurs pensent qu'ils peuvent refuser le renouvellement moyennant une petite indemnité symbolique. Grosse surprise quand l'expert désigné par le tribunal annonce un montant à six chiffres.
L'erreur n°3 : Mal rédiger le congé. Oublier de mentionner le montant du nouveau loyer proposé, ou ne pas motiver un refus de renouvellement de manière suffisamment précise. Ces erreurs de forme peuvent invalider tout le processus.
Notre conviction après toutes ces années ? Anticipez et documentez tout. Notez les échéances dans votre agenda un an à l'avance. Faites-vous accompagner par un professionnel pour rédiger les actes. Et privilégiez toujours la négociation amiable : c'est moins coûteux, moins long, et ça préserve la relation commerciale.
Parlons maintenant de notre métier. Parce qu'un bail commercial bien géré, c'est une chose. Mais si le locataire ne paie plus son loyer, renouvelé ou pas, vous êtes dans la même impasse.
La GLI (Garantie des Loyers Impayés) prend tout son sens ici. Chez NeoDomos, notre contrat MILA GLI couvre les baux commerciaux dès le 2ème mois d'impayé. Pendant toute la durée du bail renouvelé, vous êtes protégé.
Nous avons actuellement un client à Aix-en-Provence, propriétaire de locaux commerciaux. Son locataire, un salon de coiffure, a renouvelé son bail il y a deux ans. Tout allait bien jusqu'à ce que des travaux de voirie bloquent l'accès à la rue pendant six mois. Chiffre d'affaires en chute libre, le locataire a cessé de payer. Sans GLI, notre client aurait perdu 18 000 € de loyers le temps de la procédure. Avec MILA, il a été indemnisé dès le départ.
Autre point important : Depozen, notre solution de remplacement du dépôt de garantie. Dans un bail commercial, le dépôt de garantie classique représente souvent 3 mois de loyer. Avec Depozen, le locataire conserve sa trésorerie, et le bailleur est mieux protégé qu'avec un simple dépôt. Tout le monde y gagne.
Le renouvellement du bail commercial 3-6-9 est un droit du locataire, encadré par des règles strictes et des délais impératifs.
Le bailleur peut refuser le renouvellement, mais sauf cas exceptionnels, il devra payer une indemnité d'éviction souvent très élevée. Dans la majorité des cas, il est plus avantageux de renouveler le bail en négociant un nouveau loyer conforme au marché.
Les points essentiels :
Des questions sur la gestion de vos baux commerciaux ? Besoin de sécuriser vos revenus locatifs avec une bonne couverture d'assurance ? Nous sommes là pour ça. Quinze ans que nous baignons dedans, nous connaissons les pièges par cœur.